V-Madame Sarcelle
À l’âge de cinquante-quatre ans, une Shaedire, membre de la Guilde des érudits où elle avait enseigné la Shajor, le Commun et l’Ancienne Langue, en plus de quelques cours d’histoire aux habitants et habitantes de Svaljir, prenait un bateau pour le Sud, entamant son voyage vers l’Hyristonie et sa capitale. Ce n’était pas une excursion quelconque à la recherche de sensations fortes, elle souhaitait s’installer là-bas, transmettre son savoir sur le royaume du Nord, créer un pont entre deux univers qui n’avaient eu de cesse de s’éloigner l’un de l’autre.
Elle fut refusée par toutes les écoles des quartiers bourgeois et aucun aristocrate ne voulut prendre une étrangère sans réputation comme tutrice. Une petite école pour jeunes enfants dans le Quartier des Songes accepta de l’accueillir pour une période d’essai. Ce n’était pas exactement ce dont elle avait rêvé mais c’était un début. Les élèves étaient attentif.ve.s, bien que l’animation permanente du quartier fût une source constante de déconcentration. Durant le temps où elle enseigna, elle logeait dans une petite chambre sous les toits d’un théâtre, le loyer était cher, mais c’était le seul endroit qu’elle était en mesure de payer sans prendre le risque de se réveiller un matin sans ses affaires. Elle travailla dans cette école pendant un an. Une année laborieuse, où elle dut trouver un emploi de nuit au théâtre, afin de conserver sa chambre. L’école ferma le premier mois de l’année qui suivit, faute de moyens pour accueillir les enfants.
N’ayant plus d’argent pour payer sa chambre, elle vendit les affaires avec lesquelles elle était arrivée pour être logée chez des habitant.e.s du Quartier des Lambeaux. Quand aucun commerce n’accepta de l’engager, on lui proposa de rester en échange de services. Elle s’occupait du ménage, des repas, des lessives, et apprenait le Commun aux enfants. Cette année 376, l’hiver fut rude. Toute la famille qui hébergeait la Shaedire mourut. Incapable de payer un loyer, le propriétaire du bâtiment l’expulsa.
Le canal qui sépare le Quartier des Songes des Hautes-Marches est relié par plusieurs ponts. À cette période de l’année, les gardes avaient une autorisation pour allonger l’intervalle de temps entre deux patrouilles, pour éviter que certains ou certaines tombent malades à cause du froid. Il n’y avait donc personne sur le pont ce soir-là, à part elle. Le vent soufflait doucement bien que glacial. Elle n’avait qu’une robe de chambre grise en guise de manteau, plusieurs couches de vêtements dépareillés en dessous. Elle déposa sa maigre valise au pied de la rambarde de pierre, et ferma les yeux pour respirer l’air froid. Un pas après l’autre, elle se dressa sur le parapet, le vent faisant danser ses cheveux gris. Sous ses pieds, d’imposants blocs de glace suivaient lentement le courant. C’est alors qu’elle distingua à côté d’elle une forme blanche, poilue, assise.
Nous nous rencontrâmes cet hiver, sur ce pont où nous étions seules. “Vous risquez de rester paralysée sur la glace, suivant le canal jusqu’à mourir de froid, ou de faim.” Dis-je d’un ton nonchalant. Elle ne semblait guère surprise d’entendre un chat parler. Elle ne prenait même pas la peine de me regarder, ses yeux toujours plongés dans l’eau mouvante. “Je ne mourrai pas du froid, la faim, plus probablement, ainsi soit-il. Inutile de perdre ton temps avec moi démon, je n’ai rien à t’offrir et ne souhaite passer aucun accord. Va embêter une autre personne sur le point de mourir, il y en a plein en ville.”
- Je ne suis pas un démon, et n’ai donc aucun pouvoir pour vous offrir ce que vous désirez, ou ce que vous avez perdu. Néanmoins, j’ai toujours trouvé que paradoxalement, les suicidaires ont les meilleures conversations. C’est donc moi qui vous fais cette requête : remettez votre saut à dans une heure, juste le temps de tailler le bout de gras avec moi, et vous pourrez ensuite aller mourir de la façon qui vous semblera la meilleure.
Elle me toisa avec un regard circonspect, se disant sans doute qu’elle avait affaire à un esprit malin venu la pousser un peu plus loin dans le désespoir dans ses derniers moments. Elle se contenta de hausser les épaules, descendit du parapet et prit sa valise : “Très bien, mais vous me payez à boire, j’ai la bouche trop sèche pour discuter.” Je souris : “Laissez-moi le temps d’aller voler l’or nécessaire et je vous rejoins. Comment vous appelez-vous ?” Elle répondit : “Yngrid.”
La Branche de Cerisier était ouverte de jour comme de nuit durant cette saison, tous les gens de la rue Borgne venaient se réchauffer autour de la cheminée, entassé.e.s les uns sur les autres. Monsieur Pavos ne faisait payer que moitié prix ses boissons chaudes, il apportait des couvertures pour les plus jeunes et des coussins pour les plus vieux.
Yngrid et moi étions installés à une table à l’écart, “pour laisser les autres profiter du feu” disait-elle. “Pour votre dernier verre en ce monde je me serais attendu à une demande plus… raffinée.” Lui murmurais-je assis sur la table en face d’elle.
-
On m’avait parlé de l’endroit. Je voulais jeter un œil. Dit-elle en soufflant sur sa tasse de thé noir fumante.
-
Auriez-vous été une religieuse par le passé ? Ou avez-vous simplement aucun goût et aucune classe ?
Elle gloussa, amusée.
- L’alcool est mauvais pour le foie, le thé est revigorant en hiver, et pour répondre à votre question : non, j’étais enseignante.
“Voilà qui explique votre… sobriété”. Fis-je en faisant semblant de chercher mes mots. Dites m’en plus, qu’est-ce qui amène une Shaedire si loin dans le Sud, pour enseigner qui plus est ?
-
C’est donc ça ? Vous êtes un esprit curieux, voulant que je lui raconte ma vie pour me rappeler à quel point elle était misérable ?
-
Non, je suis certes curieux mais ne souhaite pas ajouter de mal à celui que la vie vous a déjà infligé.
Yngrid me jaugea pendant plusieurs minutes, alternant entre siroter son thé et me regarder fixement. “Qu’êtes-vous, réellement ? J’ai beau avoir un saut sous la glace de prévu, je suis encore suffisamment en possession de mes moyens pour savoir que l’information est une chose précieuse et que bien des créatures peuvent exploiter.”
-
Ma chère madame, quand bien même je vous répondrais honnêtement, les chances que vous me croyiez restent infimes.
-
Dans ce cas je vais retourner sur mon pont.
Elle commença à se lever, buvant d’une traite le thé brûlant, récupérant sa valise. J’étais pris de court. “Attendez !” La Shaedir s’immobilisa. Je savais que je n’aurais qu’une chance d’être convaincant. La solitude avait installé un abysse si grand entre le monde et moi que j’en oubliais l’impatience des êtres mortels, le rappel que le temps était une ressource précieuse, et qu’elle n’en disposait plus que de peu. Yngrid semblait lire le trouble dans mes yeux. “Suivez-moi, je vais vous donner votre réponse. Ce que je ne peux justifier, je peux vous le montrer. Pardonnez-moi mes manières, je vous en prie, j’aimerais sincèrement parler avec vous.” Elle hocha la tête, d’un air à la fois inquiet et empathique. “Il y a un bâtiment abandonné plus loin.” Dis-je en descendant de la table et me dirigeant vers la porte. Elle me suivit, ses affaires à la main.
Face à l’immense bâtisse de pierre, aux larges portes de bois sculptées, barricadées par des chaînes et des planches, je lui demandai de l’aide pour dégager l’une des fenêtres menant au hall. L’intérieur n’était éclairé que par quelques rayons de lumière, filtrés par les planches aux fenêtres, éclairant faiblement l’escalier défoncé, le plancher percé, les débris de verre sur le sol, les tissus en toiles troués sur le sol et les cadavres de rats. “Rassemblons quelques planches, nous allons faire un feu.”
-
Je n’ai pas de quoi l’allumer. Répondit-elle.
-
Je m’en occuperai.
Elle ne posa pas plus de question. J’ignorais si c’était la curiosité qui la faisait me suivre seule dans cet ancien hôtel laissé à l’abandon, en pleine nuit, ou qu’elle n’avait plus envie de vivre au point d’accepter n’importe quelle mort.
Nous avions formé un petit cercle de planches, sur un lit de pierre. “Le bois est trop froid. Quelle que soit la magie que vous souhaitez utiliser, elle ne suffira pas à l’embraser.” Fit-elle remarquer. Je reculai alors dans l’obscurité. S’ensuivit le bruit d’os craquant, de peau s’étirant, du parquet grinçant sous un poids imposant. Yngrid ne voyant plus rien, mais elle sentait les mouvements d’un large corps, emplissant tout le hall. Une lueur orangée apparut, provenant du plafond, semblable à celle d’un four qu’on aurait ouvert. Une gerbe de flammes descendit en une fine colonne. Elle vint s’écraser sur la pile de planches, léchant tout ce qui se trouvait autour. La vieille femme fit un bond en arrière, se collant contre la porte d’entrée. Serpentant en provenance du plafond, un long cou recouvert d’écailles blanches aux reflets nacrés, s’abaissait dans sa direction. Elle était face à une longue tête, semblable à celle d’un lézard, mais dont la gueule se terminait par un bec écailleux, à la jointure avec le cou, vibraient de petites plumes pâles, auréolant deux cornes à la couleur des écailles. Deux yeux jaunes aux reflets dorés, scrutaient de leurs pupilles verticales la Shaedire qui retenait son souffle. Le reste du corps de la créature s’allongeait dans toute la pièce, des immenses ailes s’étendait contre les murs, les os situés entre leurs membranes blafardes était aussi recouvert par endroit de plumes et d’écailles, sur chacune des ailes se trouvait une griffe, plantée dans la pierre du bâtiment. Une grande queue faisait le tour de la pièce, au bout de laquelle fleurissait quantité de grandes plumes blanches aux reflets multicolores, éclairés par les flammes. Alors dressé sur ses deux pattes arrière, l’animal reposa ses pattes avant sur le sol, qu’il avait, jusqu’à maintenant, gardées repliées contre son ventre. Se faisant, la bête devint plus petite, reprenant la forme d’un chat au pelage blanc parfait. “Mon nom est Lurial.”
Yngrid mit un peu de temps avant de me rejoindre près du feu. Elle ne posa aucune question, quand bien même elle semblait en avoir. Elle me raconta son départ de Shaedam et tout ce qui suivit une fois arrivée à Hystarent. Je l’écoutais sans dire un mot, la voyant garder toute sa contenance alors qu’elle expliquait ce qui l’avait amené sur ce pont. S’ensuivit un long silence. Nous regardions le feu brûler, entendions le vent siffler dans l’hôtel délaissé et le bruit du crépitement des braises. “L’heure que je vous ai accordée est terminée depuis longtemps maintenant. Je vais y aller.” Elle commença à se lever. “S’il vous plaît, restez encore un peu. Je n’ai pas eu l’occasion de parler avec quelqu’un depuis longtemps et j’aimerais que nous continuions à discuter.” Demandai-je sur un ton que je voulais aimable. Yngrid leva les yeux au ciel et d’un mouvement leva ses bras pour les laisser retomber le long de sa robe de chambre.
- Je n’ai plus rien à vous dire, je suis fatiguée, et après tout que pourrais-je vous raconter que vous n’avez pas vu ou vécu ? Les vôtres sont censés être éteints ou à moitié endormis sur des îles à l’écart du monde. Vous avez probablement été en vie plus longtemps que toutes les créatures de ce monde. Et moi ? Je suis une vieille femme qui a suivi un rêve, mais je n’ai plus l’âge de le suivre. Les rêves ne sont beaux que lorsque nous sommes endormis. Là, dans ce monde, ce ne sont que des idées, et les idées ne payent pas de loyer, elles ne vous nourrissent pas, elles n’assurent pas la sécurité de celleux que vous aimez. Les rêves ne se brisent pas, ils sont déjà morts quand vous ouvrez les yeux.
Sa voix ne tremblait pas, elle était droite, impassible, une statue de dignité. Je baissais la tête, j’ignorais quoi lui dire, une partie de moi savait qu’elle avait malheureusement raison.
Elle commença à rassembler ses affaires et se dirigea vers la fenêtre. “Vous vouliez aider les gens et dispenser votre savoir, n’est-ce pas ?” Dis-je en me redressant sur mes pattes.
- Mon histoire était-elle à ce point flou pour que vous ne le compreniez que maintenant ?
Elle ne se retourna pas, continuant de regarder par la fenêtre que nous avions empruntée, mais elle ne marchait plus.
-
Des gens vivent dans cette rue, des enfants, des femmes, des hommes, de vieilles personne et d’autres qui pourraient avoir besoin de votre aide.
-
Quel dommage qu’il n’y ait plus d’école où je pourrai travailler pour les aider.
-
Il existe d’autres moyens.
-
Je ne compte pas devenir religieuse ou me lier d’amitié avec des criminels.
-
Vous pourriez créer un endroit sûr, pour les gens et vous-même. Je peux m’occuper d’obtenir l’argent et faire en sorte que vous soyez en sécurité quoi qu’il arrive.
Une longue minute de silence suivit. Je m’étais rapproché d’elle, presque à ses pieds. Lentement, elle se retourna.
- Qu’est-ce que vous gagneriez ? Pourquoi cette insistance ?
Je ne pouvais pas tout lui dire, mais je ne pouvais pas la laisser partir.
- Je dois ma survie à un pacte que j’ai passé avec quelqu’un, il y a très longtemps de cela. En échange de ma vie, un jour viendra où elle exigera de moi tout ce qu’elle voudra, ce moment n’est pas encore venu, mais quand il viendra, j’aimerais avoir fait quelque chose d’utile du temps qui m’a été accordé. Vous êtes une femme brillante, vous avez le potentiel d’accomplir tellement de bien si quelqu’un vous en donne les moyens, et il s’avère que j’en ai le pouvoir. S’il vous plaît, je ne demanderai absolument rien de vous, si ce n’est de vous laisser une chance de les aider. Fyrlaad serait un monde meilleur si plus de gens pensaient aux autres comme vous le faites. Laissez-moi penser à vous.
Yngrid me regarda, elle ne pleurait pas, c’était moi qui avais les yeux emplis de larmes. Elle posa sa valise et se baissa vers moi pour me prendre dans ses bras. Nous restâmes l’un contre l’autre pendant de longues minutes, puis elle demanda : “Qu’arrivera-t-il quand cette personne viendra pour vous ?” J’avalais lentement ma salive : “Toutes les personnes qui m’entourent mourront, pour que je la serve sans aucune vie à laquelle retourner.” Elle se contenta de hocher la tête et dit : “Très bien. J’étais prête à sauter d’un pont, le temps que je passe à présent en ce monde n’est que surplus. Je ne crains pas la mort, ni ce qu’il y a après. Votre débitrice peut venir quand elle le souhaite, et si cela doit arriver, au moins j’aurai bien vécu.”
Durant les premiers mois qui suivirent, je me chargeai de récolter l’or nécessaire afin d’acheter l’hôtel abandonné, fort heureusement pour nous, le propriétaire n’en demandait que peu, ne voyant en celui qu’une vieillerie dont il pouvait se débarrasser facilement. Nombreux sont les larcins qui advinrent dans les Hautes-Marches pendant cette période, chose que je ne peux que condamner avec la plus grande fermeté. Quoi qu’il en soit l’hôtel appartenait maintenant à Yngrid, et les travaux commencèrent. La main-d’œuvre était constituée par des personnes venues de tout horizons, content d’avoir un endroit où dormir et de la nourriture. Les travaux durèrent un an, pendant lequel je me chargeais de trouver l’argent nécessaire et d’éloigner les curieux pendant la nuit.
Le soir de l’ouverture du lieu, Yngrid portrait sa robe à plume de sarcelle qu’elle s’était offerte pour l’occasion, toutes les personnes présentes l’appelaient Madame Sarcelle. Au fur et à mesure du temps, son pensionnat de plus en plus de monde, celles et ceux ayant participés aux travaux restèrent. La gérante donnait des cours de langue aux personnes intéressées, même celles qui ne travaillaient pas dans l’établissement, entre deux clients, une petite assemblée curieuse se formait dans son bureau pour l’écouter. Ainsi était né le Lagon Emplumé.
La nuit était tombée sur l’hôtel silencieux. La Sarcelle n’était pas dans sa chambre. Dans le hall, je la vis allongée de tout son long sur mon sofa. Elle regardait le plafond. Je m’installai sur la table en face d’elle, laissant une traînée rouge dans mon sillage. Sans tourner son regard, elle me demanda :
- Il n’y a plus que nous ?
Un bref instant s’écoula. Je lui répondis que oui. Elle se contenta de hocher la tête.
-
Elle va venir pour moi ?
-
Je n’en sais rien.
La vieille femme ferma les yeux, elle respirait lentement, paisiblement. Après cinq bonnes minutes, elle se leva et prit la direction de l’escalier.
- Va te nettoyer, puis retrouve moi dans notre chambre.
J’ignorais ce qu’elle préparait, mais je n’avais plus l’énergie de m’interroger. J’ai trouvé de l’eau dans la cuisine, mais le sang ne partait pas. Au bout d’une heure à lécher mon pelage dans la bassine glacée, tremblant, la langue rêche, le sang d’Elliot s’en était allé.
Une fois arrivé dans la pièce où était Madame Sarcelle, je la vis, vêtue de sa longue robe, légèrement maquillée, ses cheveux étaient coiffés en un élégant chignon, tenus par son épingle en bois orné d’inscriptions. Elle était assise, droite sur son fauteuil, derrière son bureau impeccablement rangé. D’un geste de la main, avec un sourire aimable, elle me fit signe de m’asseoir sur une chaise devant. Je m’exécutai. Pendant un temps, elle se contenta de me regarder, des oreilles à la queue, avec ce sourire bienveillant qu’elle n’arborait que rarement. Elle rompit le silence :
-
Notre aventure s’arrête là. Le temps est venu pour toi d’honorer ton engagement et pour moi de rejoindre les miens. Je ne souhaite pas mourir dans la boue comme Tillany, ou atrophié comme Haltaes, la femme que je suis devenue depuis ces dernières décennies mérite mieux. Voici donc ma dernière demande, en tant que directrice du Lagon Emplumé : brûle cet endroit.
-
Quoi ? Mais… vous pourriez le donner à quelqu’un, ou au moins…
-
Non. Je veux que ce que nous avons bâti disparaisse avec moi. Nous avons fait tant de choses, celles et ceux qui nous ont quitté.e.s sauront se débrouiller sans nous à présent. Mon rêve, notre rêve, n’était pas comme nous l’imaginions, mais nous avons réussi, et il faut savoir accepter quand le moment est venu de partir.
Elle hocha la tête, en signe de remerciement, et m’indiqua la porte. Arrivé sur le palier, je me retournai une dernière fois, elle souriait toujours :
-
Adieu, mon ami.
-
Adieu, Yngrid.
C’était la fin du printemps et le début de l’automne, une brise fraîche soufflait sur la rue Borgne. Seuls quelques personnages discrets, vendant leurs marchandises dans des coins de rue étaient là, quand les vitres du Lagon Emplumé explosèrent dans des gerbes des flammes. Toute la toiture s’effondra d’un seul coup, les pierres fondèrent sous la chaleur du feu et les portes en bois millénaires s’embrasèrent en quelques secondes. Le bâtiment craquait et sifflait, déjà, on avait envoyé des gens chercher de l’aide. Les bruits de l’incendie couvrirent le rugissement de douleur qui s’échappa du brasier.